L’ombre du rabbin, éd. Lieu Commun, Paris, 1985

 

Dans cette suite de nouvelles, apparemment distinctes les unes des autres, court le même frémissement de la sensibilité, la même interrogation, la même quête. Qu’ils revêtent les oripeaux du Diable, d’un maton et d’un poisson rouge, de jouets à l’abandon dans la remise d’un magasin d’outre-Oural, de deux rats dénommés Torque et Mada, les personnages de l’auteur laissent percer une autre histoire, tragique celle-là. Celle de la « solution finale » qui voulut clore, contre le butoir de deux rails, au bout d’un quai en rase campagne, l’irréductible questionnement du peuple martyr.

Rien là, pourtant, de doloriste, ou de revendicatif : s’égrène la mélodie hassidique, tendre et obsédante, s’agitent les merveilleux fous de Dieu dont les silhouettes noires et légères ont déserté les vieilles bourgades.

 

Au ciel, Dieu sourit aux anges. « La tristesse est un péché », dit l’antique dicton juif. Dieu ne peut pas pécher contre lui-même.